La Lettre d'Asspro Scientifique - Décembre 2014

Retour aux lettres


Réhabilitation rapide après une chirurgie colorectale programmée

La Société Française d'Anesthésie et de Réanimation (SFAR) a publié récemment un ensemble de recommandations définit comme « programme de réhabilitation » pour la chirurgie colorectale programmée. La définition de ce concept est donnée dans le préambule du rapport des experts : « Le concept de la réhabilitation rapide est basé sur le constat que l'agression chirurgicale est responsable de modifications hormonales, métaboliques et physiologiques qui vont ralentir la convalescence et, donc, la capacité du patient à retourner à son domicile. Les effets de cette agression peuvent être majorés par des facteurs extrinsèques au patient comme le jeûne périopératoire [...], ou la survenue de complications médicales ou chirurgicales. Des facteurs intrinsèques [...] peuvent également influencer négativement les suites postopératoires et ralentir la récupération. » (1)


L'étude a été initiée par le Dr Pascal Alfonsi, ‎praticien hospitalier en anesthésie réanimation à l'hôpital Cochin à Paris. « Le programme de réhabilitation a commencé dans les années 1990, particulièrement dans les pays d'Europe du Nord, au Danemark et en Suède par exemple. Lancé notamment par le chirurgien danois Henri Kehlet, le but était de permettre au patient de rentrer plus rapidement chez lui après l'opération. En pratique, on applique des chemins cliniques qui vont du préopératoire au post-opératoire. Quand on applique ces méthodes, mécaniquement, on améliore la qualité de soins », explique le Dr Alfonsi. Il s'est lui-même intéressé au concept au début des années 2000, et l'a mis en place dans son établissement. Constatant une amélioration de la prise en charge des patients grâce à ce programme, il souhaite le faire connaître. « Pour aider à l'implantation de cette façon de travailler, il faut que les sociétés savantes s'impliquent et fassent de la communication ». Il contacte alors la SFAR, qui s'empare du sujet.

 


Un travail multidisciplinaire

La SFAR s'est associée à la Société Française de Chirurgie Digestive (SFCD) pour rassembler un comité d'experts, pour moitié des chirurgiens et pour moitié des anesthésistes, car en effet : « Les programmes de réhabilitation sont des procédures multidisciplinaires associant chirurgiens, anesthésistes et tout le personnel non médical » (1) . Trente-cinq recommandations ont été établies, dont 28 seront principalement retenues par un comité de relecture (2).
Ce programme de réhabilitation comporte plusieurs révolutions dans la prise en charge du patient en chirurgie. Les recommandations insistent notamment sur « un certain nombre de facteurs qui ne sont pas aujourd'hui suffisamment appliqués comme : l'apport de carbohydrates en préopératoire, l'optimisation du remplissage en peropératoire, la reprise de l'alimentation orale avant h24, la mastication de gommes en postopératoire, le lever et la marche avant h24. » Certaines pratiques restent importantes, entre autres : l'information des patients, l'immunonutrition préopératoire, la prévention de l'hypothermie. L'étude a également permis de mettre en évidence l'inutilité de certaines pratiques telles la préparation colique mécanique pour une chirurgie colique, le maintien de la sonde nasogastrique, ou encore le drainage chirurgical pour une chirurgie colique.

 

Vers une généralisation des recommandations ?

En l'état, ces recommandations concernent pour l'instant uniquement la chirurgie colorectale. « Cela ne concerne pas l'ambulatoire mais la chirurgie plus lourde, que l'on évalue en fonction du stress lié à l'acte. », explique le Dr Alfonsi. « Mais l'objectif est d'établir des chemins cliniques pour tous les types de chirurgies : un chemin clinique pour la prothèse du genou par exemple. » Et au-delà, un autre projet consiste à « élaborer un programme de réhabilitation en France pour un canevas général. L'idée est un socle commun qui pourrait s'appliquer quelle que soit la chirurgie. » De même pour la chirurgie ambulatoire.

 

Les réactions après la publication de cette étude ?

« Globalement, on constate un emballement de la communication. Le sujet intéresse les gens. Nous avons des demandes pour participer à des congrès par exemple. Mais on ne mesure pas encore ce que ce changement de pratique implique dans le quotidien. » Le Dr Alfonsi est également vice-président d'une association, Grace, composée notamment de chirurgiens et d'anesthésistes suisses, belges et français, qui se définit comme « groupe professionnel francophone dédié à la réhabilitation améliorée après chirurgie » (3).

La France a pris du retard dans l'implantation de ces programmes de réhabilitation. Et le rapport souligne : « L'impact médico-économique de cette chirurgie majeure est important et tout programme de soins visant à réduire le taux de complications et la durée de séjour conduit à une amélioration de la prise en charge des patients et à une réduction des coûts » .

 

 

(1) http://www.sfar.org/article/1177/rfe-rehabilitation-rapide-apres-une-chirurgie-colorectale-programmee - Rapport p.3
(2) http://www.sfar.org/article/1177/rfe-rehabilitation-rapide-apres-une-chirurgie-colorectale-programmee Rapport p.5
(3) http://www.grace-asso.fr/index.php/fr/

 



Rechercher une fiche

Pas de résultat.
Résultats

Informations

Nous contacter

01. 55. 07. 15. 15

Actualités

 

VOIR LES actualités



Voir aussi :