La lettre d'Asspro Scientifique - novembre 2015

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Objets connectés : une révolution pour les patients et les soignants... mais aussi pour les complémentaires


L'arrivée des objets connectés ouvre de nouvelles perspectives : en favorisant le suivi des constantes, ils permettraient une prise en charge plus rapprochée, un peu comme si le Holter-cardiaque devenait une norme pour tout suivi. Cela pourrait être un plus pour les patients comme pour les soignants. Partie-prenantes, les complémentaires aussi verraient plusieurs intérêts à ce développement. Evidemment, ceci n'est pas sans alimenter une certaine controverse.

 


Faciliter le retour à domicile

« Les objets connectés peuvent nous permettre d'aller vite et bien ». Le Dr Henri Cuche, anesthésiste et PDG de la clinique Saint-Charles à Lyon, est convaincu du potentiel de la e-santé pour améliorer la prise en charge des patients. C'est pourquoi il a participé à la fondation de la société Linkeos, encore en développement, qui s'est fixé un objectif : faciliter le retour à domicile des patients après chirurgie grâce aux nouvelles technologies.


L'idée sur laquelle repose Linkeos est simple : après une intervention, le patient se verrait remettre une mallette contenant une tablette et un ou plusieurs objets connectés (thermomètre, tensiomètre, capteur d'activité ou balance, par exemple) selon les besoins cliniques. Pour maintenir le contact avec leur praticien et l'établissement, ces outils offriraient une opportunité de communication à double-sens permanente.


« La tablette sera équipée d'un logiciel qui permettra aux patients d'interagir avec l'établissement en répondant à un questionnaire interactif », explique Loïc Vallèse, directeur de Linkeos. Les objets connectés permettront quant à eux d'envoyer des données en temps réel à l'établissement. « On peut ainsi définir des niveaux d'alertes » souligne Loïc Vallèse. « Soit on est dans une situation normale, soit dans une situation qui nécessite de prendre contact rapidement avec le patient ».

 

 

Un bénéfice partagé

Les clients de Linkeos seront les établissements de santé, et non les patients directement : la start-up espère offrir aux structures de soins une solution pour améliorer la prise en charge des patients tout en réduisant leurs coûts, notamment en diminuant les durées de séjour. Mais pas seulement.


Henri Cuche pense en effet que les objets connectés sont également une opportunité pour les complémentaires, en anticipant sur les bénéfices espérés : « Quand on diminue les durées d'hospitalisation, quand les patients ont moins d'infections et de douleurs, le risque diminue pour l'assureur », explique-t-il.


C'est également l'avis de Simon Spurr, président de la start-up américano-sud-africaine Folup. « Les objets connectés permettent de mieux comprendre le patient », expliquait cet ancien cadre du secteur de l'assurance-santé en juillet dernier lors de l'université d'été de la e-santé, à Castres. « Cela conduit à une meilleure stratégie de gestion du risque ». Avec bien sûr, en ligne de mire, des tarifs plus abordables.


Un sujet controversé

Il n'est pourtant pas sûr que le public soit prêt à partager ses données avec sa mutuelle. La protection de la vie privée et la crainte de tarifs différents selon les données de santé de chacun sont deux facteurs importants de résistance. Car, avec les objets connectés les complémentaires pourraient proposer des contrats bon marché aux personnes en bonne santé et des contrats onéreux à celles qui le sont moins.


« Les objets connectés, pourquoi pas, mais attention à l'antisélection », avertissait ainsi Thomas Blanchette, membre du comité exécutif du groupe Harmonie Mutuelle, lui aussi présent à l'université d'été de la e-santé. L'antisélection étant le phénomène par lequel les personnes les plus à risque sont évincées vers des contrats à tarifs plus élevés.


Ces réserves n'empêchent toutefois pas, d'après ce mutualiste, une utilisation raisonnée des objets connectés. « Si la majorité de nos assurés a un comportement vertueux, cela se ressentira sur nos tarifs », explique Thomas Blanchette. Et, comme l'explique Simon Spurr, pragmatique : « Puisque la technologie existe, je ne vois pas pourquoi les assureurs ne l'utiliseraient pas ».


Et ce d'autant plus que le secteur de la complémentaire santé n'est pas le seul à pouvoir potentiellement bénéficier des effets des objets connectés. Un meilleur suivi du patient, des données plus précises sur la prise en charge sont également susceptibles d'améliorer la compréhension du risque professionnel, et donc d'intéresser les assureurs spécialisés dans ce domaine.

 

 

 



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