La Lettre d'Asspro Scientifique - Mai 2013

Interview du professeur Hervé Bouaziz, anesthésiste à Nancy

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La lettre Asspro Scientifique :
Hervé Bouaziz, vous vous êtes intéressé aux feux de patients et vous avez observé un manque de connaissance des praticiens vis à vis de ce type d'accidents. Ce sont des évènements rares - 600 cas par an aux USA - et qui peuvent être dramatiques, les chiffres en France ne sont pas connus. Que faut-il savoir de tels accidents sinon qu'ils n'arrivent pas qu'aux autres?

 

Hervé Bouaziz :
Leurs conséquences sont potentiellement dévastatrices, car ils ont lieu chez des personnes qui sont souvent, par ailleurs, en bonne santé. S'ils peuvent concerner l'ensemble du corps, ces feux ont le plus souvent lieu dans le cadre de chirurgie de la tête, de la face, du cou ou de la partie supérieure du thorax. Un exemple d'acte chirurgical à risque est la blépharoplastie. La pratique d'une trachéotomie est également à risque (l'ouverture des anneaux trachéaux dans le cadre d'une trachéotomie doit toujours être réalisée au bistouri froid).

 

 

La Lettre :
Quelles sont les circonstances de déclenchement d'un feu de patient ?

 

HB :
On retrouve très souvent la présence d'un apport d'oxygène à débit élevé, par lunettes ou masque. Cette situation favorise la constitution d'une atmosphère enrichie en oxygène (>21% d'O2 dans l'air). On entre alors dans ce nous appelons le « triangle du feu ». Il associe trois composantes qui favorisent le départ du feu et qui ont, chacune, un rôle spécifique : la présence d'une source de chaleur entre les mains du chirurgien (bistouri électrique, sources de lumière froide ou non, laser), les gaz inflammables qui sont du domaine de l'anesthésiste (oxygène et protoxyde d'azote) et enfin les combustibles manipulés par les infirmières (antiseptiques alcoolisés, champs opératoires, blouses, masques, cheveux du patient...).

 


La Lettre :
Quels sont les éléments les plus souvent en cause dans le déclanchement d'un feu ?

 

HB :
Le bistouri électrique est la source de chaleur la plus impliquée, avec des chiffres en constante augmentation. Certaines techniques de « drapage » utilisées par les anesthésistes sont à risques, avec constitution d'un espace clôt favorisant l'accumulation d'oxygène à proximité directe de la zone d'intervention du chirurgien. Une étincelle, et le feu peut se déclarer. Autre cause de feu : les antiseptiques alcoolisés utilisés lors de la préparation du patient. Il est donc très important d'éviter leur accumulation dans des endroits comme l'ombilic, le creux sus-sternal et sur les zones à forte pilosité qui ralentissent l'évaporation de l'alcool. Le temps de séchage doit être respecté pour éviter qu'une étincelle du bistouri ne mette le feu. Il faut savoir privilégier les produits antiseptiques non-alcooliques pour les interventions à risque.

 


La Lettre :

Quelles sont les mesures qui permettent de prévenir le feu de patient ?

 

HB :
Il faut s'assurer que l'air de la pièce est correctement renouvelé pour éliminer l'oxygène en excès. Le délai pour ramener à la normale une concentration en oxygène enrichie est d'autant plus long que le débit d'02 est élevé. Il ne faut donc utiliser l'oxygène qu'en cas de réel besoin et, qui plus est, à des concentrations aussi faibles que possible.

 


La Lettre :
En cas de feu, quelle est la bonne attitude de l'équipe de bloc ?

 

HB :
Le premier temps consiste à détecter le feu. Ce n'est pas si évident. Les signes sont parfois discrets : la fumée bien sûr, l'odeur de brûlé, un flash, une chaleur, une flamme. Elle peut se présenter sous forme de flammèche bleue sous des champs qui sont bleus également et elle est difficile à voir. Le patient a le temps d'être gravement brûlé avant que l'équipe soignante s'en aperçoive. Dès que le feu est confirmé, il faut retirer rapidement les champs en feu et les jeter au sol pour les éteindre, dans un second temps, avec l'extincteur. C'est à l'anesthésiste de stopper immédiatement les gaz et de vérifier l'intégrité de la sonde d'intubation en cas de feu dans les voies aériennes. Le chirurgien doit, pour sa part, éteindre le feu en utilisant du sérum physiologique ou de l'eau stérile qui sont à disposition dans le bloc.

 


La lettre :
Quelles sont les consignes qui permettent, sinon de les éviter, au moins de minimiser les conséquences de ces incidents de bloc ?

 

HB :
La clé de la réussite, c'est la bonne connaissance de l'existence du problème. Il faut également une parfaite communication au sein de l'équipe pour gérer la prévention ou le traitement d'un feu. On devrait pouvoir cocher sur la check-list l'existence ou non d'une intervention à risque de feu. Un algorithme a été réalisé qui permet aux anesthésistes réanimateurs de réagir sans délai. Il doit être rapidement accessible lorsqu'un feu survient.
Les plaintes pour feu de patient, jugées aux USA, montrent que ce type d'accident a un coût très important et que les soins apportés aux patients sont une fois sur deux en-dessous des standards espérés. Le simple fait d'être conscient du risque permet d'éviter certains feux et de gagner du temps lorsque le cas se présente.


Dr Etienne Olivry d'après un entretien avec le Professeur Hervé Bouaziz, service d'anesthésie-réanimation du CHU de Nancy.

 

 

 


 


Biographie

Le professeur Hervé BOUAZIZ est médecin Anesthésiste-Réanimateur, il est responsable de structure au CHU de Nancy, hôpitaux urbains, et chef de service d'anesthésie-réanimation à la Maternité Régionale Adolphe Pinard de Nancy. Lauréat de la Faculté de Médecine de Bobigny (Paris XIII), il s'est dirigé vers la recherche où ses travaux ont été récompensés à plusieurs reprises. Il participe à de nombreuses commissions professionnelles depuis la fin des années 80. Il met à profit son expérience de médecin conseil auprès du Cabinet Branchet, spécialiste de la RCP des praticiens du plateau technique lourd, pour développer des actions de prévention du risque en anesthésie-réanimation notamment autour de celui lié au feu de patient.



 



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