Sous-marins : savoir reconnaître ses émotions pour mieux gérer son stress

Le sous-marin lanceur d'engin est la représentation la plus criante de l'univers clos. Il reste en plongée, coupé du reste du monde, pendant de longues semaines sans refaire surface. Marion Trousselard, médecin chef des armées, a mené une étude pour apprécier le rôle de la gestion des émotions dans ce contexte d'enfermement. Le niveau de stress était reflété par la mesure de la qualité du sommeil. Les résultats concernant le médecin du bord ont montré que selon le type de stress, la réponse peut être complétement différente, en raison du rôle que joue l'émotion forte dans l'adaptation au stress. La gestion d'un problème médical grave touchant l'un des membres d'équipage et ayant nécessité une intervention chirurgicale longue et risquée n'a pas déclenché, chez lui, de sentiment de peur, même si un stress positif était présent. Etant préparé à ce type de situation par une formation complémentaire en chirurgie d'urgence, le médecin a pu la gérer sans se sentir débordé. En revanche, suite à un choc imprévu et violent du sous-marin, ayant entraîné une perte de contrôle du submersible de plusieurs minutes, le même médecin s'est senti surpris, vulnérable et impuissant. Il a eu peur de mourir et, confronté à cette émotion violente, il a développé un état de stress post-traumatique et a stoppé son activité sur les sous-marins.
De nombreuses études montrent qu'un sujet capable de reconnaître ses émotions et de les accepter en conscience, régule mieux ses émotions négatives, perçoit davantage ses émotions positives et fait face de façon plus efficace aux stresseurs de l'environnement. L'armée propose à ses soldats un ensemble de techniques qui les préparent à l'action, renforcent leur psychisme pour affronter les situations critiques et les aident, enfin, à récupérer efficacement. Ces exercices sont standardisés et progressifs. Leur répétition permet d'améliorer les capacités de "faire-face" des individus mais aussi le rapport de chacun à soi-même, et la capacité à vivre pleinement le moment présent. La littérature a mis en exergue depuis quelques années l'importance de la mindfulness caractérisée par "un état de conscience qui résulte du fait de porter son attention, intentionnellement, au moment présent, sans jugement, sur l'expérience qui se déploie moment après moment". Cela se traduit par moins d'anxiété anticipatrice, moins de rumination et une capacité à réguler les émotions par un calme vigilant en situation stressante mais aussi dans la vie de tous les jours.
Le calme permet, en situation de stress, de ne pas se laisser déborder par ses émotions et d'être capable de raisonner aussi sereinement que possible. Ces apprentissages peuvent tout à fait être applicables en dehors du contexte de l'armée. Initialement développés dans les hôpitaux, leurs champs d'application se sont diversifiés pour venir en aide à d'autres catégories de population dans la tourmente.

 

Dr Etienne Olivry d'après un entretien avec Marion Trousselard, MC des armées, chercheur au CRESSA et à l'IRBA


Biographie

Le docteur Marion Trousselard est Médecin Chef aux Armées. Elle travaille, à Grenoble, pour le ministère des armées sur la neurophysiologie des émotions et du stress en particulier.Son parcours l'a amenée à faire ses recherches dans le cadre du CRSSA (Centre de Recherche du Service de Santé des Armées) et à l'Institut de Recherches Biomédicales des Armées (IRBA-Antenne de La Tronche).Elle y travaille en tant que chercheur senior au sein du département de neurophysiologie du stress. Ses contributions portent sur une meilleure compréhension des mécanismes de stress et des facteurs de vulnérabilité.



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