La Lettre d'Asspro Scientifique  - Avril 2013

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CRM : du cockpit au bloc opératoire

Tout secteur à risque impose une organisation rigoureuse du travail, la dynamique d’équipe multiplie les possibilités d’erreurs. Dans les années 70, l’industrie aéronautique a cherché à améliorer la performance collective, en proposant à ses équipages d’acquérir des réflexes  utiles en cas de situation périlleuse. En raison des similitudes en terme de risque et de complexité entre aéronautique et médecine, le CRM (Crew Ressource Management) arrive progressivement dans la sphère du bloc opératoire et pourrait devenir, à terme, une matière enseignée lors de la formation initiale de tout personnel soignant amené à intervenir en chirurgie.


La rigueur aéronautique au service de la sécurité

Le CRM pour "Crew Resource Management", littéralement gestion des ressources de l’équipage, permet d’acquérir des compétences non-techniques pour l’utilisation optimale de toutes les ressources disponibles en termes de sécurité et d’efficacité au sein d’une équipe professionnelle.  Ce concept s’est développé dans le secteur aéronautique dès la fin des années 70 suite au constat que la grande majorité des accidents aériens étaient dus à des problèmes relationnels  ou de communication


Le CRM cible de nombreux  aspects différents de la relation inter-individus au sein du groupe comme la communication, la prise de décision, la gestion de l’erreur humaine, la conscience de la situation, le leadership et le groupe en lui-même. Il permet de mieux appréhender la notion d’équipe, de redéfinir l’ergonomie et les habitudes de travail et favorise le partage d’expérience. Cela permet de créer un environnement professionnel positif et non stressant. Une des particularités du CRM est qu’il se concentre tout autant sur la performance de l’équipe que sur la performance individuelle qui, pourtant, tout au long de la scolarité, est le seul critère de la réussite.


Rapidement, cette notion de gestion du travail en équipe a fait tache d’huile dans un certain nombre d’activités à risque comme le secteur nucléaire, ferroviaire -en Australie-, l’industrie chimique, et la lutte contre l’incendie. Plus récemment, il a commencé à s’adapter au secteur médical.

 

 

Efficacité : la preuve par les chiffres

A titre indicatif, il est intéressant de comparer les chiffres de l’aéronautique et de la médecine, même s’ils évaluent des domaines dont le seul point commun est la gestion, au quotidien de situations à risque. On compte, chaque année, 515 décès pour 1,3 milliard de passagers, 20 millions de décollages et atterrissages d’avions. En médecine, ce sont 234 millions d’interventions chirurgicales dans le monde avec 1 million de morts et 7 fois plus de complications à l’échelle de la planète. En France, 4 millions d’opérations génèrent 9 000 cas déclarés d’incidents ou d’accidents opératoires en rapport avec cette activité. Une étude publiée par l’OMS en 2009 a conclu que la check-list était un bon moyen de réduire le nombre de complications (y compris les décès) dans le mois suivant l’opération. La vérification systématique et à voix haute de 19 points recommandés par les guides des bonnes pratiques et l’OMS entraîne une réduction de 36% de ce chiffre.

 

 

Quand la médecine bénéficie de l’expérience  de l’aviation

En France, le transfert d’expérience du CRM depuis le secteur aéronautique vers l’environnement médical s’est fait assez naturellement. Il avait été initié il y a une dizaine d’années aux Etats-Unis, en Angleterre, au Canada et en Suisse. Dans le secteur médical, la dénomination retenue –à la place de CRM- est MTT pour « Medical Team Training ». Pour Brice Larat, pilote de ligne et responsable d’une société spécialisée dans la mise en place du MTT, il se généralisera sans doute dans les années à venir lors de la formation initiale du personnel de bloc opératoire. Sa mise en place dans le secteur médical se fera probablement sous la forme d’une ou deux journées d’enseignement initial, suivies de périodes récurrentes de formation continue pour pérenniser les apprentissages.


Pour permettre de prendre en compte la variabilité de la composition des équipes, le personnel est formé pour que chacun soit capable de suivre les mêmes lignes de conduite. Chacun connaît la façon dont l’autre va réagir face à telle ou telle situation, cela permet donc une certaine interchangeabilité entre les membres de l’équipe et le relationnel au sein de l’équipe est facilité.

 

 

Un simulateur de vol pour les chirurgiens

Le MTT se présente sous forme de cours classiques associés à des ateliers qui permettent aux personnels de travailler ensemble. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le simulateur de vol reste un outil important proposé aux équipes constituées de chirurgiens et d’anesthésistes. La mise en situation dans le simulateur a un effet de catalyseur. Il est souvent plus facile de se rendre compte des mauvais reflexes collectifs lorsque l’on n’est pas dans son propre environnement.  Cela permet ensuite à l’équipe de formation de redresser les imperfections en réalisant un débriefing des situations ayant posé problème. Le simulateur est un endroit où chacun doit utiliser une communication efficiente, posséder une très bonne vision de la situation  et c’est un moyen efficace de prise de conscience des lacunes éventuelles de sa communication, ou des hésitations dans la prise de décision. Les médecins qui ont suivi une formation de MTT semblent satisfaits de l’expérience et de son impact positif sur l’organisation de l’équipe.

 


Docteur Etienne Olivry, d’après un entretien avec Brice Larat, directeur associé de SRM (Safety and Resource Management).

 

 

Biographie

Brice Larat a suivi une formation de pilote de ligne, puis a été instructeur au sol (GSI) sur Airbus A 320. C’est dans le cadre de cet emploi qu’il a commencé à donner des cours de CRM à des pilotes lors de leur qualification. En raison de l’intérêt croissant envers le CRM dont certaines situations de prise de conscience se font en simulateur de vol, il a participé à la création, il y a un an et demi, d’une structure orientée vers le secteur médical.
Il intervient dans le domaine du MTT au travers de l’entreprise dont il est directeur associé, SRM (Safety and Resource Management). Cette structure travaille aujourd’hui en partenariat avec ASSPRO.




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