La lettre d'Asspro Scientifique - avril 2015

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La chirurgie sous hypnose

Voici quelques années maintenant que l'hypnose a fait son entrée en anesthésie. Bien que peu répandue, cette pratique gagne en notoriété avec notamment la récente thyroïdectomie de la chanteuse Alama Kanté à Henri Mondor en 2014 qui a chanté pendant son intervention sous hypnose afin d'aider à la vérification de la préservation des nerfs récurrents. Dernièrement, les Hospices Civils de Lyon ont communiqué sur le développement de l'hypnose en anesthésie pour la curiethérapie du cancer de la prostate.


Alors, effet de mode du courant minimal invasif poussé à l'extrême ou réel changement de paradigme ? Au-delà de l'intérêt et de la fascination que peut susciter la chirurgie sous hypnose, des questions demeurent. L'hypnose pourrait-elle s'imposer un jour comme une pratique courante ? Saurait-elle supplanter la rachi-anesthésie ou l'anesthésie générale dans certaines circonstances ? Juridiquement, existe-t-il un cadre légal à connaître avant toute chose ?

 


L ́hypnose en pratique

Le Dr Stéphane Charré, anesthésiste-réanimateur exerçant à la polyclinique du pays de Rance (Dinan), est formateur chez Emergences, institut de formation et de recherche en hypnose et communication thérapeutique. Il propose une vision très simple de la place de l'hypnose en chirurgie : « c'est un outil de plus dans la boîte à outil de l'anesthésiste ».


Comment dès lors s'intègre cet outil dans le protocole de soins ?

« Pour une intervention chirurgicale, c'est simple. Dès les premières consultations, le chirurgien propose l'hypnose au patient. Lorsqu'il vient voir ensuite l'anesthésiste, c'est au patient d'en parler. S'il n'évoque pas le sujet, nous non plus. » C'est donc au patient d'en faire explicitement la demande. « Ensuite, lors de l'opération, tout est fait comme si c'était une anesthésie générale. Le patient vient à jeun. Le matériel et les médicaments nécessaires à une AG sont à portée de main. Si le patient nous fait le signe convenu ensemble au préalable, nous passons à une anesthésie générale ». Le Dr Charré nous confie que dans son expérience, cela arrive assez peu souvent, les patients étant bien informés sur le protocole et sur le fait qu'il peut y avoir des sensations d'inconfort qui disparaissent rapidement.

 

 

Une technique en manque d'évaluation

L'application du protocole semble donc assez simple. Qu'en est-il de son utilisation en France ?

« Il n'y a pas de données sur le nombre de médecins qui pratiquent l'hypnose. Mais il semble que de plus en plus d'établissements publics et privés aient des médecins formés à cette pratique. »
Le Dr Charré donne quelques exemples de chirurgies ou d'examens invasifs pour lesquels l'hypnose est pratiquée comme anesthésie : endoscopies, pose de bandelettes TOT, opération d'hernie inguinale, chirurgie de la parotide, mais aussi de la carotide.
Le problème actuel de l'anesthésie par l'hypnose est son manque de reconnaissance associé à un manque de données. Il n'existe pas d'étude précise sur son usage en chirurgie, seulement des cas cliniques. Un obstacle à cette reconnaissance est aussi l'absence de formation légalement requise : chacun peut pratiquer l'hypnose sans justification de compétences.
Côté patients, le Dr Charré relève leur « satisfaction générale. On nous a souvent remercié après une opération, mais depuis qu'on fait de l'hypnose, les gens manifestent encore plus d'enthousiasme et de reconnaissance. »



Comment se former ?

En pratique, il existe deux types de formation. Tout d'abord universitaire, dans le cadre de diplôme universitaire, comme celui de l'hypnose médicale de la Pitié Salpêtrière, Paris VI, créé par Jean-Marc Benhaiem depuis 2001, particulièrement réputé, semble-t-il. Parallèlement, on peut trouver des formations non universitaires. Stéphane Charré nous parle justement de l'institut Emergences.
« Cette formation, qui est étalée sur 12 jours, est reconnue par, la société européenne d'hypnose (ESH). L'institut délivre un certificat avec le nombre de jours et d'heures de formation. » Pour Stéphane Charré, c'est presque une formation indispensable. « La formation universitaire est complète mais... manque de pratique. Du coup, de nombreux médecins intéressés par l'hypnose viennent à l'institut après leur DU, pour acquérir une formation pratique complémentaire. ». Effet de mode ou réelle évolution, le constat est que de plus en plus de médecins s'y intéressent. En tout cas, vu du centre, les inscriptions ne cessent de croître depuis 2 à 3 ans.

 

 

Une pratique à assurer, un cadre à respecter

En termes d'assurance, le Cabinet Branchet, spécialiste de l'assurance des praticiens du bloc, accepte de garantir la pratique de l'hypnose, à condition qu'elle soit pratiquée dans les règles de l'art.
Caroline Brillet, sa responsable juridique précise : « L'hypnose doit être pratiquée par un anesthésiste-réanimateur au bloc opératoire, en support d'un acte médical ou chirurgical et dans le cadre de sa spécialité. » Exit donc toute utilisation pour traiter des maladies psychiatriques ou des addictions par exemple. Caroline Brillet ajoute que « Cette technique ne peut être employée que par un anesthésiste-réanimateur, seule spécialité pour laquelle une formation qualifiante existe. »
Il est recommandé de se rapprocher de son assureur pour l'informer. Ce dernier ne devrait pas retenir de risque particulier dans ce cadre, en l'absence, à ce jour, de jurisprudence.

 

Finalement, existe-t-il un inconvénient à cette technique pour le Dr Charré ?

« Le médecin doit être plus présent pendant l'opération et le patient est acteur de son soin. Mais pour moi, ce dernier point est plutôt un avantage pour le malade lui-même ».

 

 



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